Journées du Son
Arts, musiques et créations sonores

Fictions sonores, récits,
scènes, scénarios, partitions,
spectres, radio, songs

Trame

10h-11h | Bibliothèque

Présentation et diffusion de Trame, musique d’Hervé Birolini et photographie d’Éric Aupol

Trame

Trame est une commande de l’association : à table ! et de la ville de Boulogne-sur-Mer

Enregistrements / Musique Hervé Birolini, Photographies Éric Aupol. Durée 14’10’’

Tout d’abord enregistrer, au petit matin, perche à la main, les bottes aux pieds, la tête protégée, dans le dos, à côté, au plus près des gestes, faire corps et prélever, des détails, des chocs, des matières (tout ce qui fait contact), le poisson, déjà pêché, est glacé, vidé, dépecé, découpé, mis en boîte, on s’acharne sur lui, je l’entends qui gigote, les enregistrements : pareil, les petits sont rallongés, les grands coupés en deux, pour former de nouveaux sons, agglomérats microscopiques (à l’échelle des secondes), qui mutent et renaissent, grâce à la machine, aux calculs du studio (opérations), j’entends qu’il y a d’un côté, proches, ces gestes, devenus cette pâte du compositeur, de l’autre, lointains, les sons encore réels (comme on dirait : encore vivants), pris dans la distance et qui font entendre les lieux, et par-dessous tout, comme la musique au cinéma, chose mentale : la guitare (ou plutôt, cet objet qui porte des cordes qui vibrent), et tout se mélange et se disjoint, tour à tour, mon écoute bringuebale proches et lointains, sous-couches et détails, élastiques et piqués, les sons qui m’évoquent dans la seconde un bout de réel et les sons qui n’ont pas de noms s’échangent leurs adresses, c’est physique, nerveux et vertébré, à tout moment ça peut barrer, lâcher, je me sens trimballé, puis c’est la criée, on crie 6 ! 7 ! 1 ! 3 ! 2 ! 10 ! 9 ! 5 ! 8 ! 4 ! 7 ! c’est le jeu de hasard qui distribue les lots et les notes, règlements, puis dérèglements, même les chiffres sont dépecés, le silence, qui dessine les contours, est une forme de ralentissement et de rapprochement, il y a toujours des cordes, mais, cette fois, c’est un piano (ou plutôt, cet autre objet qui est en bois et qui possède un coffre avec des cordes dans lequel on plonge), enfin, tout se désactive, la fin est un paysage assagi qui se vide, une eau qui s’écoule, les résonances vont au bout de leur trajet déclinant, le sol est glissant, j’entends l’idée du port

Dominique Petitgand, 2011

bandcamp.com

Vers le seuil d’un monde

Vers le seuil d’un monde (Boulogne), 2010

Le projet photographique mené à Capécure avec l’association :à table ! prend sa source dans le réel d’une zone en mutation. L’histoire du port rejoint l’Histoire, et dans l’espace même plusieurs temps cohabitent.
Le temps : celui du lieu, mais à regard d’homme. Le paysage de Capécure est un paysage de presqu’île, regard vers la mer, regard vers la ville, un aller-retour sur deux espaces, sur deux temps aussi, de celui qui part et qui revient, qui y travaille…
Le temps qu’il fait, encore, avec toujours une fine brume, une lumière qui éloigne l’immédiateté du réel et filtre le regard. La peinture peut-être est convoquée, une représentation ( le lever du jour et le coucher du soleil comme protocole ), qui marque aussi un seuil, un passage.
Le temps du travail aussi, essentiel dans la restitution de cette mutation, dans ce passage social et économique, mais aussi dans l’espace et le paysage. L’essentiel de l’activité de Capécure est nocturne. Une chaîne de gestes, de rituels, de rapports à la marchandise et à l’habitude du métier rythme le temps industriel et humain, quand, à côté, la ville dort.
Ces gestes, marques d’une histoire, celle du travail, d’une classe sociale, celle du monde ouvrier, photographiés de nuit, renvoient aussi à une histoire de leur représentation photographique. C’est donc ici l’image, son archéologie qui est convoquée, dans une volonté frontale, distanciée, mais toujours filtrée par l’atmosphère environnante.
C’est donc une forme d’archivage du lieu, aujourd’hui, qu’il s’agit de constituer dans ces allers-retours entre portraits et paysages, espaces et gestes. Par une projection dans Capécure, renouer avec une forme à peine matérielle, avec la finesse du souvenir qui fige et s’évapore en même temps. Et conserver enfin ce temps, ces rencontres, ces états de somnolence visuelle par un « objet d’archives », boîte à souvenirs d’un temps déjà révolu dès lors que la photographie s’en empare, où les images imprimées se déplacent comme un livre où tous les montages seraient possibles, tous les temps confondus. Un nouveau point de vue sur ce temps et ce seuil du monde.

Eric Aupol, 2011

ericaupol.com